dimanche 16 janvier 2011

"ET SI TOUT ETAIT ECRIT ?" / CHAPITRE III

CHAPITRE III


-Maintenant le fait est qu’elle est partie, songea-t-il, et il fallait redresser la tête et apprendre à vivre sans elle, pour le moins pendant les quelques mois qui le sépareraient de la femme de sa vie, trois mois et douze jours pour l’exactitude, car inconsciemment il avait déjà commencé le compte à rebours au moment même où elle était montée dans l’avion. À ce moment précis Daniel en était certain, rien ni personne ne pourraient jamais les séparer.
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Pendant que Sonia survolait l’Océan Atlantique, elle était en proie à mille doutes, était-ce une bonne idée de partir seule, peut-être que Daniel allait l’oublier, après tout les jeunes et jolies femmes ce n’était pas ce qui manquait à Denver et son mari était dans la force de l’âge, ce n’était pas un apollon mais sa timidité presque enfantine, ses beaux yeux bleu cobalt et le charme français faisaient toujours son effet, elle était consciente du risque qu’elle prenait en le laissant seul mais en son fort intérieur elle savait tout aussi bien qu’il n’avait plus jamais regardé aucune autre femme depuis le jour où il avait posé les yeux sur elle, ça elle en était plus que certaine et elle se mis à penser à leur toute dernière nuit, cela la fit sourire et apaisée par cette pensée elle s'endormit sereine.
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Le téléphone vibra deux fois et se tue, Daniel regarda le numéro qui s’affichait: Maxime, c’était le signal en cas d’urgence. En se rendant chez son frère, Daniel se demanda ce qu’il pouvait bien y avoir de si urgent pour le déranger à l’hôpital.
-Salut frérot, qu’est ce qu’il t’arrive? Lui demanda-t-il en voyant son air renfrogné, tu en fais une de ces tête,
-Assoies-toi plutôt, lui répondit-il, ce que j'ai à te dire ne va pas te plaire, mais alors pas du tout,
-Vas-y, lui ordonna Daniel, et ne tournes pas autour du pot,
-Bon je vais être direct alors, José Da Siva a eut une remise de peine pour bonne conduite et il vient d’être relâché,
-Tu te moques de moi? Pour bonne conduite ! Mais qui t’a dit une chose pareille?
-Tu te souviens d’Antoine le fils du garagiste, le gamin avec qui je trainais à l’époque du lycée?
-Comment pourrais-je l’oublier dis moi ? Vous aviez fait pousser toute une plantation de cannabis dans notre garage, répondit Daniel,
-Euh ! Passons le sujet tu veux ? Et bien il m’a envoyé un E-mail il y a deux heures de cela, il m’a dit que sa mère avait rencontré la sœur de Da Silva au supermarché et qu’elle lui avait dit que son frère était sorti de prison avant-hier, qu’il s’était rangé, qu’il avait changé, blablabla...des sornettes quoi ! Je n’en crois pas une parole et toi ? Qu’il ait changé je veux dire,
-j’avais compris, non je n’y crois pas non plus, répondit Daniel vert de rage, ce genre de type ne change pas comme cela, après tout ce qu’il a fait subir à Sonia pendant toutes ces années et aussi après ce qu’il t’a fait comment peuvent-ils le laisser sortir. Tu veux que je te dise maintenant que je sais qu’il n’est plus sous les verrous je suis plus tranquille que Sonia soit partie, là au moins il ne pourra pas l’atteindre mais toi tu vas être ici tout seul et ça m’inquiète beaucoup,
-Mais non il n’y a pas de quoi s’inquiéter crois moi, lui répondit Maxime pour essayer de le rassurer mais sans trop y croire, et puis je sais à quoi m’en tenir, pas comme l’autre fois où il nous a pris par surprise. Cette fois je sais qu’il est dehors et je l’attends de pied ferme,
-C’est bien ce qui m’inquiète le plus qu’est ce que tu crois, ajouta Daniel, la dernière fois il a bien faillit te tuer et je ne veux pas revivre cela tu m’entends,
-mais moi non plus frangin, une balle dans le ventre ça fait très mal tu sais, commença Maxime.

Fils et petit fils d’émigrés Espagnols, José Da Silva n’était qu’une petite frappe sans envergure, il avait été le premier mari de Sonia et il avait été incarcéré pendant trois ans suite aux agressions répétées envers son épouse et à sa sortie de prison il n’eut qu’une idée en tête c’était de la retrouver pour se venger d’elle mais aussi de l’homme qui était à l’origine de son incarcération. Daniel et Sonia étant tous deux de service à l’hôpital il tomba nez à nez avec Maxime qui était venu passer un weekend chez son frère, une lutte acharnée s’en suivit et le pauvre maxime fut très grièvement blessée et ce fut le retour à la case prison pour de nombreuses années pour José Da Silva qui jura de se venger, « je vais bien sortir un jour ou l’autre » s’écriât-il en sortant du tribunal, « et j’attendrais ce jour avec impatience, soyez en sur, j’ai tout mon temps ». Suite à cela ils émigrèrent aux états unis pour tenter d’oublier leurs mésaventures.
-Et si je venais avec vous deux en mission qu’est ce que tu en dis ? Continua Maxime, ils ont surement aussi besoin de profs là-bas pas vrais !
-Pas question, c’est trop risqué pour toi, s’écriât Daniel, cela l’est déjà pour quelqu’un qui entend parfaitement alors figure toi pour quelqu’un qui n’entend pas,
-Plus risqué que de se faire descendre par ce malade de Da Silva tu veux dire? Je n’ai pas besoin d’aller en zone de conflits, je pourrais tout aussi bien rester en ville là où ils ont le plus besoin de profs justement et puis je parle trois langues dont le Swahili en plus du langage des signes alors comme interprète ça ne serait pas mal non plus, insista Maxime,
-Si je comprends bien tu ne peux plus te passer de moi c’est ça ?
-Voila on va dire comme ça, si ça te fais plaisir, le taquina Maxime, et puis tu sais bien que j’ai au moins un point en commun avec ta femme, mis à part mon grand frère adoré, c’est que tout comme elle je suis une tête de mule, alors c’est oui ?
-Tu me laisses le choix ? demanda Daniel étonné,
-Ben non pas vraiment, répliqua Maxime avec un sourire narquois sur les lèvres.
Quoi qu’il fasse ou dise depuis toujours, son frère se pliait à toutes ses volontés, cela le faisait toujours sourire même s’il n’en abusait plus comme lorsqu’il était enfant, mais cette fois c’était différent car c’était de leurs vies dont-il s’agissait et qu’ils allaient mettre en danger. Daniel se dit que son jeune frère risquerait tout autant à rester seul à Denver alors autant le garder près de lui.
-Bon et bien il ne me reste plus qu’à les rappeler, ajouta Daniel résigné, avec l’espoir qu’ils ne t’enverront pas à des milliers de kilomètres du lieu où nous seront Sonia et moi,
-Qu’importe frérot, se réjouit Maxime, ce sera toujours moins loin que Denver et puis quitte à choisir je préfère mille fois affronter les rebelles que ce sadique de Da Silva.
Daniel téléphona à la responsable locale de médecins sans frontières.
-La capitale vous dites ! Répondit Daniel, c’est parfait, oui dans une semaine c’est très bien, je vais tout lui communiquer, merci bien, au revoir ma sœur,
-Alors vas y expliques moi ce qu’elle t’a dit, je n’ai compris que la moitié de ce que tu lui disais car tu parlais avec la bouche collée au combiné,
-Ah ! excuses moi je ne m’en étais pas rendu compte, répondit Daniel, bon tu pars dans une semaine pour le Darfour comme nous et ils s’occupent de ton visa mais par contre tu iras travailler dans la capitale et dans un hôpital car ils ont besoin d’un interprète qui parle le swahili mais aussi le langage des signes car l’institut pour enfants handicapés où il y avait plusieurs malentendants a été brulé et ils ont réellement besoin de tes services, la responsable a par ailleurs dit que tu étais un ange et que c’était le ciel qui t’envoyait, ce sont ses paroles exactes, je n’ai pas voulu la décevoir la pauvre, si elle avait su que c’était plutôt au démon Da Silva qu’elle devait cela,
-oui comme tu dis et bien ça alors c’est une histoire de fous pas vrais ! s’exclama maxime, comment aurais-je pu savoir en prenant le swahili comme troisième langue de secours que cela m’aurait été autant utile? Et puis c’est bien la première fois que l’on dit que je suis un ange, elle est comment la responsable, tu la connais ?
-Tu n’en rates pas une toi hein ?
-qui ça moi? S’indigna Maxime avec la main sur le cœur,
-Je t’y vois venir là mais ne t’emballes pas de trop, elle a presque soixante ans et c’est une religieuse,
-mais pour qui tu me prends ? Ajouta Maxime,
-Euh mais pour rien, seulement pour un inguérissable dragueur ahahah !!!
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José Da Silva avait gardé des contacts parmi les amis proches de Sonia et il ne tarda pas à être au courant de la situation et du lieu où elle se trouverait les jours suivant.
-Tant mieux, dit-il, pendant qu’elle va être isolée, je vais pouvoir mettre mon plan à exécution et je vais l’avoir à ma merci,
-Tu ferais mieux de charger quelqu’un d’autre de s’en occuper, lui répondit son beau frère, tout le monde sait que tu as beaucoup de rancune contre eux et s’il leur arrive quelques choses c’est directement toi qu’ils viendront chercher,
-Et me privé du plaisir de le faire moi-même, tu plaisantes ? Ça fait bien trop longtemps que j’attends cela, j’y ai passé des années à tout planifier et je n’ai même pas besoin de le toucher personnellement car à ce que j’ai compris je lui ferais plus de mal en m’en prenant à elle, mais je n’ai pas l’intention de la tuer ne crains rien mon ami. En tout cas la prison m’aura servi à quelques choses et tu sais à quoi, à me faire des connaissances et crois moi Jacquot, ce que j’ai en réserve pour elle, ils ne sont pas prêt de l’oublier et il n’est pas prêt de la revoir non plus d’ailleurs,
-Tu m’inquiètes vieux, je ne sais pas si je me trompe mais on dirait que tu l’aimes encore. La dernière fois que tu as essayé de t’en prendre à eux tu t’es retrouvé aux Baumettes pendant huit longues années, on dirait que ça te manque ma parole mais bon tu fais ce que tu veux et au cas où on sera là ta sœur et moi, tu le sais bien,
-Oui je sais mais ils vont me le payer sois en certain, fut la dernière chose que je ferais dans ma chienne de vie et pour répondre à ta question qui n’en était pas une, oui je l’aime encore mais cela n’a rien à voir avec le fait qu’elle m’ait trahis et envoyé en taule. Je sais très bien que je lui en ai fait baver car j’étais alcoolique à l’époque et je ne lui en veux pas pour m’avoir laissé, j’aurais fait la même chose à sa place mais m’avoir envoyé derrière les barreaux ça non je ne lui pardonnerais jamais et à lui encore moins, quand j’ai blessé son frangin c’était lui en vérité qui était visé, je croyais avoir à faire à lui et à sa place j’ai presque tué ce pauvre type. Excusez moi si je ne vous en dit pas plus mais il vaut mieux pour votre sécurité à tous les deux que vous en sachiez le moins possible sur cette histoire, les personnes avec qui je fais mes affaires ne sont pas des enfants de cœur crois moi. Je pensais que vu qu’elle se trouvait aux États-Unis cela allait être compliqué pour la faire sortir du Pays mais sans le savoir c’est elle qui va me faciliter la tâche, bon je ne t’en dit pas plus il faut que je file, j’ai un rendez-vous, saludo !
Les connaissances dont parlait Da Silva étaient en effet loin d’être des enfants de cœur, certains d’entre eux avaient aussi de la famille parmi les pirates Somalis, ils avaient les moyens de faire disparaitre quiconque leur barrait le chemin et depuis que Da Silva avait sauvé la vie de l’un d’entre eux lorsqu’ils se trouvaient aux Baumettes, ils lui étaient redevables. Oh il ne l’avait pas fait par pure bonté de cœur mais bien pour servir son projet et cela avait que trop bien fonctionné, ils étaient devenus inséparables et c’est alors qu’il leur avait fait part de son plan pour se venger de son ex femme et de Daniel. Même s’il serait libéré bien avant eux, leurs cousins au Pays se chargeraient des détails, car pour eux il ne s’agissait bien que de simples détails, restait à trouver le moyen d’aller au Darfour au plus vite car Da Silva comptait bien être de la partie. Son but étant de la voir se pétrifier d’horreur au moment même où elle découvrirait qui avait tiré les ficelles de son enlèvement, il ne manquerait cela pour rien au monde quitte à se faire tuer, dorénavant il n’avait plus rien à perdre mis à part sa misérable vie et elle n’avait plus beaucoup d’importance pour lui désormais, plus rien n’avait d’importance depuis qu’il savait l’avoir perdu à tout jamais.
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Pour Sonia une nouvelle vie commençait, il y avait plusieurs choses à gérer, d’abord l’absence de l’homme de sa vie même si ne n’était que temporaire mais aussi la chaleur étouffante et surtout l’odeur, on dit que la mort a une odeur et c’était malheureusement vrais dans cet endroit du monde car elle était partout, chaque bâtiment, chaque ruelle, même les vêtements étaient imprégnés de cette odeur de mort nauséabonde et c’était tout nouveau pour elle car si les journaux télévisés transmettaient bien les images et le son, il n’en était rien pour les odeurs ; pour Sonia ce fut le plus difficile à supporter au début et elle allait apprendre à lutter en permanence contre la nausée.
Un tout terrain se gara devant le hall d’arrivée de l’aéroport et deux hommes en tenues militaire et une femme en costume civile locale en descendirent, ils accostèrent Sonia avec beaucoup de courtoisie.
-Docteur Bennet ? Êtes-vous le Docteur Sonia Bennet ? Demanda la jeune femme dans un français presque parfait, on m’a envoyé vous chercher je me présente mon nom est Soraya, avez-vous fait bon voyage Docteur ? Ces deux hommes vont nous escorter jusqu’au camp,
-Enchantée, mais appeler moi Sonia je vous en prie, oui le voyage a été agréable mais très long, mais avons-nous vraiment besoin de ces gardes armés ? Demanda-t-elle inquiète,
-malheureusement oui, répondit la jeune femme, vous vous en rendrez compte très vite à peine sortie de la ville, les routes ne sont pas du tout sures en ce moment, il y a des rebelles de partout, la semaine dernière ils ont enlevé un journaliste américain et l’on n’a plus de nouvelles depuis.
A peine sortie de la capitale le chauffeur engagea le tout terrain sur une route poussiéreuse qui menait directement à un petit village qui n’était inscrit sur aucune carte et alla se garer tout près d’une baraque d’argile et de briques grossières d’où sorti un homme d’une cinquantaine d’années, il s’approcha de la voiture et lança sèchement quelques parole dans un dialecte somalis. A ses mots Soraya ordonna à Sonia de descendre.
-Vous êtes arrivée, lui lança la jeune femme, allez descendez dépêchez-vous !
-que se passe-t-il ? Ce n’est pas le camp de réfugiés, demanda Sonia qui commençait sérieusement à s’inquiéter.
Le coup d’œil que l’un des gardes lança à Soraya n’échappa pas à Sonia et son instinct lui dit qu’il valait mieux obtempérer.
-Il ne faut pas vous inquiéter pour votre vie, lui dit la jeune femme, nous n’avons pas l’intention de vous tuer car ils vous veulent vivante et si possible en bonne santé.
-Mais qui êtes vous ? Demanda Sonia,
-Nous ne faisons pas partie de la milice ni encore moins des rebelles locaux, d’ailleurs nous ne sommes même pas de ce pays,
-Que me voulez vous alors ? Ma famille n’a pas d’argent, je ne suis qu’une simple pédiatre, répondit Sonia de plus en plus inquiète,
-Écoutez ! Moi je fais ce qu’on m’ordonne un point c’est tout, s’écriât-elle, l’homme que vous avez vu est mon oncle, en l’absence de mon père c’est lui qui commande et ces deux hommes sont mes cousins, ils vont rester ici pour monter la garde en attendant que l’on vous transfère je ne sais où alors prenez votre mal en patience, ne nous créez pas de problème et tout ira pour le mieux.
Sonia fit simplement oui de la tête et alla s’assoir sur une vieille natte dans un angle de la case. Dans quel pétrin c'était elle encore fourré, elle qui se moquait toujours de Maxime car il avait le don lui disait-elle de se fourrer dans les embrouilles des plus improbables et bien cette fois elle le devançait d’une bonne longueur et même de plusieurs kilomètres, se dit-elle. Ces geôliers ne l'avaient pas brutalisé et n'avaient pas l'air très agressifs mais il étaient tous armés jusqu'aux dents alors il valait mieux être prudente et faire tout ce qu’ils lui demanderaient pour ne pas les agacer. Elle pensait à Daniel et elle se dit qu’il allait se faire un sang d’encre vu qu’elle n’avait pas encore pu l’appeler. La pensée de son mari l’apaisa et elle se dit qu’elle penserait à lui à chaque fois qu’elle se sentirait inquiète ou bien apeurée. Daniel était comme un antistress naturel pour elle et elle se demanda ce qu’il ferait dans un moment pareil, il resterait surement zen et impassible comme à son habitude et Sonia se dit que c’était surement la meilleur façon d’agir, Soraya avait bien dit qu’elle ne courait aucun risque pour sa vie ni pour son intégrité alors il valait mieux ne pas paniquer et surtout garder son calme.